Agrivoltaïsme : une source de revenus complémentaires pour les exploitants agricoles ?
Environnement et aménagements

Agrivoltaïsme : une source de revenus complémentaires pour les exploitants agricoles ?

L’agriculture française traverse une période de profondes mutations : moins de 400 000 exploitations subsistent aujourd’hui, contre plus d’un million dans les années 1990, et 60 % des agriculteurs ont dépassé 50 ans. Dans ce contexte, l’agrivoltaïsme s’impose progressivement comme une piste concrète pour diversifier les revenus sans abandonner l’outil de travail. Producteur d’électricité et protection des cultures en même temps, le principe séduit, mais mérite qu’on en comprenne bien les contours.

Ce que l’agrivoltaïsme signifie concrètement

Depuis la loi APER du 10 mars 2023, l’agrivoltaïsme dispose d’une définition légale : une installation photovoltaïque implantée sur une parcelle agricole, à condition qu’elle contribue durablement à la production agricole. Ce n’est donc pas simplement poser des panneaux sur un champ. L’installation doit rendre un service mesurable : améliorer le potentiel agronomique, protéger contre les aléas climatiques (grêle, vent, gel), faciliter l’adaptation au changement climatique ou encore améliorer le bien-être des animaux grâce à l’ombrage.

Le décret du 8 avril 2024 est venu préciser les règles du jeu. La surface couverte par les panneaux ne peut pas dépasser 40 % pour les cultures (60 % pour l’élevage), et le rendement agricole doit rester au moins égal à 90 % d’une parcelle de référence. L’agriculture doit demeurer l’activité principale, et l’installation doit pouvoir être démontée sans laisser de traces durables sur les sols. Les surfaces agrivoltaïques restent, sous ces conditions, éligibles aux aides de la PAC.

Pour les exploitants qui souhaitent évaluer la faisabilité d’un tel projet, des opérateurs spécialisés comme Photosol, pionnier du secteur depuis 2008, proposent un accompagnement complet, du diagnostic initial jusqu’à la maintenance sur la durée de vie de l’installation.

Des retombées financières réelles, sur le long terme

Le principal intérêt pour un exploitant est la perception d’un loyer annuel, estimé entre 2 000 et 5 000 euros par hectare selon les projets. Sur un bail emphytéotique de 30 à 40 ans, le complément de revenu peut représenter une somme significative, sans remettre en cause l’activité agricole elle-même. L’électricité produite peut aussi être autoconsommée sur l’exploitation, réduisant d’autant la facture énergétique, ou injectée sur le réseau.

Les exemples concrets ne manquent pas. Le site de Verneuil dans la Nièvre (70 ha, 43 MWc) figure parmi les installations pionnières en France. Celui du Donjon dans l’Allier produit 27 GWh par an sur 24 MWc. À Marmanhac dans le Cantal, opérationnel dès 2013, des études ont montré le maintien de la biomasse fourragère et des conditions microclimatiques favorables à la pousse de l’herbe. Ces résultats, issus de suivis conduits avec l’INRAE, rassurent sur la compatibilité réelle entre production d’énergie et activité d’élevage.

Quelques points à vérifier avant de s’engager

Un bail de 30 à 40 ans, c’est long. Une fois signé, il confère des droits réels au développeur sur le terrain, ce qui impose de choisir son partenaire avec soin. Certains opérateurs obtiennent le permis de construire puis le cèdent à un tiers, bloquant le projet des années durant. Mieux vaut donc privilégier un opérateur capable d’assurer l’ensemble du cycle, du développement à l’exploitation, au sein d’une même structure.

La durée entre la signature et la mise en service mérite aussi d’être anticipée : comptez 18 à 36 mois selon la taille et la complexité du dossier. Des contrôles réguliers sont prévus par la réglementation (tous les 3 à 5 ans), avec des sanctions en cas de non-conformité. Un accompagnement expert, notamment pour préserver ses droits PAC, est vivement recommandé dès les premières étapes du projet.

L’agrivoltaïsme n’est pas une solution universelle, mais pour les exploitants qui disposent de surfaces adaptées, il représente une façon concrète de sécuriser une partie de leurs revenus tout en contribuant à la transition énergétique.